• "Un fascicule de propagande" Un article de Jacques Cros *** Deux documents de la 4acg *** Un article d'Henri Pöuillot

    Un fascicule de propagande

    Un fascicule de propagande

     Je ne l’ai jamais eu entre les mains mais j’en connaissais l’existence. Il était distribué aux soldats qui arrivaient en Algérie. A la caserne d’Oran où j’ai fait mes classes c’était une autre forme de conditionnement des esprits qui avait été prise. Il y avait en effet, j’en ai déjà parlé, un lieu d’action psychologique qui reprenait l’argumentation du fascicule dont la photo de couverture illustre le présent article. La propagande joue un rôle important dans les guerres, on s’en était déjà rendu compte avec celle de 14 – 18. Alors pensez pour celle d’Algérie qui n’avait pas que des adeptes !

    Il y avait donc des panneaux dont certains valaient leur pesant de confiture. Du genre « Ne pense pas au pays si tu veux le revoir » ou encore « Si tu tombes dans une embuscade, tu jaillis du camion comme un diable de sa boîte, tu te postes et tu ripostes ». Il y avait des phrases bien choisies, je me rappelle celle de Ferrat Abbas « J’ai interrogé les morts, j’ai interrogé les cimetières, je n’y ai vu nulle part trace de la nation algérienne ».

    Le discours affiché tenait compte de la situation économique et sociale de l’Algérie. Elle n’était pas exactement au même niveau qu’en France mais ce n’était pas dû au colonialisme. Ça devait venir de la stratosphère ! Il y avait même une monnaie différente de la monnaie nationale. L’Algérie c’était la France mais pas tout à fait quand même !

    J’ai parcouru le fascicule : la France avait apporté sinon le bonheur, du moins la prospérité aux Algériens. En fait c’était la civilisation qu’on leur fournissait, clés en mains en quelque sorte. Nous sommes dans le registre bien connu développé par Jules Ferry, le père de l’Ecole laïque qui a diffusé cette conception..

    Aussi s’il y avait des imperfections, la rébellion ne pouvait être que l’œuvre de fanatiques conditionnés par… une idéologie qui n’offrait pas de perspective. Le fascicule, édité en 1957, cite le président du conseil, des ministres, qui à l’époque s’appelait Guy Mollet, lequel vantait le développement harmonieux de l’Algérie au sein de la France.

    Dans l’esprit des tenants de l’Algérie française les opérations de maintien de l’ordre menées par l’armée devaient permettre d’en finir avec la révolte d’une poignée d’agitateurs. En mars 1960 lors de mon débarquement à Oran, et bien que l’idée d’autodétermination ait été déjà formulée, pour un partisan de l’œuvre bienfaitrice de la mère patrie, il était tout à fait impossible que l’Algérie accède à son indépendance. Comme aurait dit Brassens « La suite lui prouva que NON » !

    Jacques CROS

    Deux documents de la 4acg

    Un fascicule de propagande ***

    Un fascicule de propagande ***

     

    Un fascicule de propagande ***

     

    Action Psychologique de l’Armée pendant
     
    la Guerre d’Algérie

     

    Pendant cette Guerre d’Algérie, l’Armée avait mis en place un service d’action psychologique intense pour le conditionnement des appelés du Contingent et de leur famille, et même la presse.

    Une action psychologique intense

    Pendant cette Guerre d’Algérie, l’Armée avait mis en place un service psychologique intense pour le conditionnement des appelés du Contingent et de leur famille. Outre les réunions "d’informations", qui en fait tentaient d’être des mises en conditionnement, organisées par les officiers pour "justifier" la démarche militaire, il y a avait deux publications éditées par ces services :
    - Le journal "Le Bled" qui était remis à chaque militaire, présentait une action "pacificatrice" très orientée dans une optique militaire, très colonialiste.
    - Des cartes postales en noir et blanc : des photos prises ici ou là et avec un commentaire très particulier pour chacune. Ces cartes étaient remises à chaque appelé (autant qu’il en voulait) pour écrire à sa famille, aux amis. Elles étaient gratuites. En voici juste quelques exemplaires et le commentaire qui figurait sur la carte.

     

    "Comme 300 autres, cette école a été brûlée par les rebelles"



    "La vie quotidienne unit tous les Français d’Algérie quelque soit leur origine"


    "Pour permettre aux jeunes kabyles de continuer leurs études, l’armée de pacification utilise différentes formules : ici une classe en plein air a été organisée".


    "Les enfants musulmans reprennent confiance devant ce souriant visage

    d’un gars de France."


    "Un village algérien où la paix est revenue"


    "

    "L’amitié est revenue dans le Village"


    "Ce jeune musulman est devenu le camarade de ces trois soldats"



    "L’armée protège les populations non seulement contre les entreprises des rebelles mais encore contre les atteintes de la maladie."


    "Un soldat et son tout jeune ami musulman"


    Commentaires

    Ces cartes tentaient de faire passer 3 messages :

    1. - le FLN, les "rebelles" c’étaient des barbares, des terroristes, dangereux... : ils brûlent les écoles !!!
    2. - l’Armée travaillait à la "pacification" et elle avait un rôle social : éducation, sanitaire... Mais, malgré ces affirmations péremptoires, il ne faut pas oublier que ce ne sont pas plus de 15% de la poluation FNSA (Français de souche nord africaine) qui ont été scolarisés et souvent qu’à temps très partiel, et ce, même avec les efforts de l’Armée et de ses SAS.
    3. - l’Armée avait pu "redonner" confiance aux "musulmans". C’est à dire que l’Armée avait pu jouer son rôle de maintien de l’ordre, et d’éradication du FLN dans la polulation algérienne... Le journal "le BLED", lui, essentiellement destiné aux appelés, relatait les attentats FLN, avec toutes les horreurs possibles, pour inciter les soldats à "se venger", à "venger les copains",... Ce média, le seul accessible au jeunes du contingent, "justifiait" la politique civilisatrice de l’Armée, permettant le ralliement de la population "musulmane" (le terme algérien n’était pas employé et tout autochtone était considéré comme musulman).

    Les journaux métropolitains étaient quasi inaccessibles : l’Humanité, l’Express, le Nouvel Observateur, le Monde... interdits en Algérie, et les autres parfois présents dans les librairies de grandes villes : Oran, Alger, Constantine... Seules les radios RMC (Radio Monte Carlo), parfois Europe, difficilement Radio France pouvaient être captées. Les informations en provenance de l’Algérie, de toutes façons, n’étaient que celles transmises par le service d’information de l’Armée.

    Henri POUILLOT

    Un fascicule de propagande ***

    Jacques Cros : "A propos du Bled on peut consulter l'article que j'avais mis en ligne sur le mien lien http://cessenon.centerblog.net/6568975-le-bled-bled-bled-57"

     

     

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