• Le drapeau français plébiscité : Une signification ambiguë. Il a rarement fait l'unanimité *** MISE A JOUR

    Le drapeau français plébiscité :

     Une signification ambiguë.

     Il a rarement fait l'unanimité

     

    Par Jean Garrigues
    Historien

    Depuis les attentats, le drapeau français est partout et ne s’affiche plus seulement sur Facebook. Alors que les ventes sont déjà en forte progression, François Hollande a invité les Français à "pavoiser" de drapeaux leur domicile lors de l’hommage solennel qui sera rendu aux victimes ce vendredi aux Invalides. L’historien Jean Garrigues revient sur l’histoire tumultueuse de ce symbole.

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    Le drapeau français plébiscité :   Une signification ambiguë.   Il a rarement fait l'unanimité

    Un drapeau français disposé devant le restaurant "Le Petit Cambodge" à Paris, le 22 novembre 2015 (L. CIPRIANI/SIPA).

    La France a un rapport à son drapeau national complexe et ambigu. À la différence d’autres pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, afficher ses couleurs ne va ici pas de soi du tout.

    En France, brandir le drapeau tricolore aurait plutôt tendance à vous classer à droite voire à l’extrême droite. Il fut longtemps perçu (et il le reste encore en partie) comme un symbole nationaliste avant d’être un symbole national.

    En raison de l’appropriation et de l'utilisation de ce symbole par un parti comme le Front national ? Oui, mais pas seulement. En réalité, les ambiguïtés qui existent autour de ce drapeau existent depuis son apparition…

    Un symbole de la Révolution... et de l'Ancien Régime 

     À l’origine, rappelons d’abord que le tricolore n’est pas un drapeau mais une cocarde arborée par les révolutionnaires de 1789.

    Juste après la prise de la Bastille, ils la font même porter par Louis XVI en signe d’unité, le 17 juillet. Le rouge et le bleu sont les couleurs de Paris, revendiquées notamment par une milice de révolutionnaires. Le blanc, lui, renvoie à la monarchie.

    On trouve ici une première ambiguïté du tricolore : ces couleurs sont revendiqués par les révolutionnaires mais ils sont aussi depuis des années les couleurs qui figurent sur les uniformes des officiers de l’Ancien Régime…

    Deux dimensions s’opposent donc déjà : le tricolore est pour les uns un symbole révolutionnaire et pour d’autres un symbole de conservatisme, de continuité. C’est un symbole certes d’unité mais qui a des significations différentes selon le camp dans lequel on se trouve. 

    C'est Napoléon qui fait du tricolore le drapeau français 

     Cette ambiguïté sur le sens de ce drapeau va être renforcée un peu plus tard, avec Napoléon Ier, lorsqu'il décide de faire du tricolore le drapeau de la France, en 1804. Nous sommes alors sous un régime autoritaire, et la gauche n’apprécie pas du tout que le pouvoir bonapartiste s’approprie ce symbole révolutionnaire. Dès lors, elle va s’en éloigner, assimilant désormais le tricolore à ce type de régime, la tyrannie, et au conservatisme.

    Tout au long du XIXe siècle, au gré des révolutions et des changements de régime, les ambiguïtés ne vont pas disparaitre, bien au contraire. Si le tricolore redevient un symbole d’émancipation pour la gauche lors des Trois Glorieuses qui mettent fin à la Restauration en 1830, comme l’illustre le tableau de Delacroix "La liberté guidant le peuple", tout change dix huit ans plus tard.

    Quand la Monarchie de Juillet tombe en 1848, c’est le drapeau rouge que les révoltés revendiquent désormais. Car entre-temps, le monarque en place, Louis-Philippe, s’est réapproprié le tricolore…

    Avant même le XXe siècle, la signification du drapeau tricolore est donc loin de faire l’unanimité. Il y a une concurrence symbolique pour lui donner du sens et l’on sent déjà une certaine gêne de la gauche française à le mettre en avant.

    La gauche française préfère le drapeau rouge 

    Une réticence qui va ne faire que s’amplifier avec les deux conflits mondiaux. Avant la guerre de 14-18, l’extrême droite n’a de cesse de tenter de s’approprier les symboles tricolores, du drapeau à la Marseillaise, leur donnant une connotation non plus seulement conservatrice mais aussi nationaliste.

    Au même moment, la gauche française, quant à elle,fait le mouvement inverse : elle se tourne davantage vers le socialisme, le pacifisme et l’internationalisme. Lorsque Jaurès s’oppose à la guerre en 1913, dans son célèbre discours du Pré Saint-Gervais, il parle devant un drapeau rouge.

    La guerre 14-18 marque alors un divorce profond entre la gauche et le drapeau tricolore. Ce drapeau n’est plus du tout vu que comme un symbole d’unité mais comme un drapeau de guerre, un drapeau belliqueux, un drapeau ensanglanté, un drapeau colonialiste. Un divorce que l’on perçoit bien dans le poème du jeune Jean Zay, futur ministre du Front populaire, qui attaque avec des mots très durs "Le Drapeau", symbole de l’hécatombe du premier conflit mondial.

    Une certaine réconciliation symbolique est pourtant observée sous le Front populaire, où drapeaux rouges et drapeaux tricolores cohabitaient dans les cortèges des manifestations. Mais le second conflit mondial va vite réanimer une forme de concurrence, avec deux France revendiquant un même symbole, celle de la Résistance et celle de Vichy. Une nouvelle concurrence symbolique apparaît...

    L'extrême droite et le FN ont annexé ce symbole 

    À la Libération, le tricolore va vite se révéler indissociable du gaullisme, qui va écraser en quelque sorte l’espace symbolique pendant plusieurs décennies.

    C’est pourquoi en Mai 68, dans les rangs étudiant et ouvrier, le tricolore est d’ailleurs vivement rejeté car associé à cette figure de la droite : le drapeau rouge est vu comme un drapeau d’émancipation quand le drapeau national est perçu comme celui du gaullisme et de la société bloquée.

     Mais dans le même temps, l’extrême droite, tout comme elle l'a fait à la fin XIXe siècle et au début du XXe, s’efforce de remettre la main sur ce symbole et bien d’autres. Une stratégie dont le point d’orgue est la création du fameux logo du FN, cette flamme aux couleurs bleu-blanc-rouge, qui est une véritable annexion de ce symbole par un parti.

    Le drapeau français plébiscité :   Une signification ambiguë.   Il a rarement fait l'unanimité

    Affiches électorales au siège du FN à Nanterre, le 27 mai 2014

     (N. MESSYASZ/SIPA).

    Dès lors, de nouveau, le drapeau français se trouve clairement relégué sur la droite, et même à l’extrême droite. Comme si le consensus autour de ce symbole était encore une fois impossible. 

    Comment, au vu de cette histoire complexe et ambiguë, expliquer qu’aujourd’hui, au-delà des circonstances dramatiques, le drapeau semble enfin faire consensus et que ce soit même un président de gauche qui en fasse la publicité, tel François Hollande ?

    En vérité, ce moment s'inscrit dans une dynamique qui n’est pas nouvelle. Notons d’abord que dans les années 1990, avec des hommes comme Jean-Pierre Chevènement ou Max Gallo, apparaît un courant politique à gauche qui place les valeurs de la République au cœur d’un projet socialiste.

    Dans le même temps, le rapport au général de Gaulle s’apaise à gauche avec le 20e anniversaire de sa mort. C’est le moment du déclin mitterrandiste, et surtout de la chute du bloc communiste. Privées de ses illusions, la gauche se recentre sur les valeurs républicaines.

    Révélateur d'une droitisation de la société ? 

    Cette dynamique se poursuit dans les années 2000. En 2007, un pas symbolique supplémentaire est franchi puisque Ségolène Royal fait revenir des drapeaux français dans des meetings du PS, ce qui n'est pas sans provoquer un certain émoi.

    Les plus optimistes verront dans ce retour au drapeau un retour à l’esprit originel d’unité de 1789 quand ces couleurs étaient arborées à la fois par les révolutionnaires et par Louis XVI. Comme si gauche et droite se reconnaissaient enfin à nouveau tous les deux dans ce symbole.

    Il faut néanmoins également mentionner que cette dynamique s’inscrit aussi dans un mouvement de droitisation général de la société, voire même de repli identitaire, avec des discours de plus en plus régulièrement axés sur le retour aux valeurs (débats sur l'école et la remise en place d'une forme de service militaire…). Mais faut-il parler à cet égard de droitisation ou tout simplement d’une nouvelle acculturation républicaine ? 

    Mais l’histoire de ce drapeau est tellement complexe, riche et ambiguë qu’il est au fond difficile de savoir, dans le phénomène actuel, la part qui relève d’un repli nationaliste ou celle qui témoigne d’une réelle volonté de rassemblement sur les valeurs patriotiques de la république. C’est une histoire en mouvements.

    Propos recueillis par Sébastien Billard

    SOURCE :  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1453417-le-drapeau-francais-plebiscite-une-signification-ambigue-il-a-rarement-fait-l-unanimite.html

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    Aujourd'hui en 2015

    Pendant l'hommage Paris se fige "pour ne jamais oublier"

     Quand on a que l'amour
    Pour parler aux canons
    Et rien qu'une chanson
    Pour convaincre un tambour

    Le drapeau français plébiscité :   Une signification ambiguë.   Il a rarement fait l'unanimité

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