• L'état d'urgence : l'appel à la vigilance d'une historienne

    L'état d'urgence : l'appel à la vigilance d'une historienne

     

    L'état d'urgence : l'appel à la vigilance d'une historienne

    Une semaine après les attentats du 13 novembre, le parlement a voté la prolongation de l'état d'urgence pour trois mois. Une période durant laquelle l'état dispose des prérogatives étendues. Thomas Snégaroff revient sur la création de cette disposition dérogatoire dans la vie de la République avec son invitée, Sylvie Thénault, historienne spécialiste de la guerre d'algérie.

    Une semaine après sa prolongation pour trois mois, l’état d’urgence pose question, pour Sylvie Thénault, historienne spécialiste de la guerre d’Algérie il faut rester vigilant : « Sur la longue durée on ne sait pas prévoir quels usages en seront faits. On ne sait pas prévoir qui, à l’avenir aura cet outil entre les mains ».

    La genèse de l’état d’urgence nous plonge plus loin au tout début de la guerre d’Algérie. Le premier novembre 1954, le Front de Libération Nationale (le FLN), lance l’insurrection contre le pouvoir français en Algérie, une période appelée : la Toussaint rouge. Les troupes se déploient contre les maquis, et les militants fichés sont arrêtés. Mais l’Algérie comporte alors trois départements français. Le gouvernement de  l’époque refuse de déclarer l’état de guerre, il crée donc un état intermédiaire « plus libéral et plus souple » selon Edgar Faure, président du Conseil en mars 1955 : l’état d’urgence est né.
    Trois ans en plus tard en 1958, Charles de Gaulle est au pouvoir. En Algérie quatre généraux prennent le pouvoir : c’est le putsch d’Alger, l’état d’urgence est étendu à toute la France par l’article 16 de la nouvelle constitution. Le gouvernement peut ainsi prendre des décisions sans passer par la voie parlementaire.

    « Cela voulait dire la guerre sans la déclarer » explique Sylvie Thénault, historienne spécialiste de la guerre d’Algérie. « Avec l’état d’urgence, les pouvoirs spéciaux restent aux mains du pouvoir civil et ne sont pas transférés à l’armée. C’est la différence avec l’état de guerre ». Cette nuance explique également pourquoi Edgar Faure, décrit les insurgés comme des « criminels » et non des soldats.

    Mais cette décision ne se déroule pas sans protestation. Les communistes scandent que l’état d’urgence en Algérie est un prétexte pour mater les révoltes ouvrières. On sort effectivement de l’insurrection des mineurs de 1948. « L’état d’urgence n’a jamais servi à une répression de ce type mais il est vrai qu’une fois en place, on ne sait jamais à l’avance qu’elle en sera la finalité », poursuit Sylvie Thénault.

    Aujourd’hui, l’état d’urgence a été voté presque unanimement. Mais des voix discordantes se font entendre comme celles des communistes en 1955. L’état d’urgence, en 2015 pourrait servir de prétexte au gouvernement pour empêcher, sans contrôle parlementaire et judiciaire, les manifestations qui auraient du avoir lieu en marge de la COP 21.

    Hugo Barbieux

    Source : http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/letat-durgence-lappel-vigilance-dune-historienne-1142675

     


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