• Dole (Jura) pour la réhabilitation "des fusillés pour l'exemple" ce 11 novembre 2015

     

    Les intervenants responsables d'associations : 

    1-Daniel Brémond, de la Libre Pensée de Dole.

    2-Danièle Ponsot, ANACR Jura-Nord.

    3-Michèle Vincent, Présidente Départementale de la Libre Pensée.

    Avec la présence d’Elus et responsables syndicaux : des maires,  Brigitte Monnet,

    Conseillère Régionale.

     

     

    11 Novembre 2015. Réhabilitation des Fusillés pour l’exemple.

    Dole « les Arquebusiers »

    Allocution de Danièle PONSOT, Présidente de l’ANACR Jura Nord.

    Ils sont partis, laissant derrière eux leur famille, leur logis, leur métier. Ceux qui ont eu de la chance sont revenus 4 ans plus tard. Même s’ils n’étaient pas des « Gueules Cassées », il leur restait, au fond du cœur, une blessure invisible, certes, mais tellement profonde ! Ils avaient côtoyé l’horreur et la mort et, qu’ils viennent de France, d’Outre-mer, des pays alliés ou d’Allemagne, ils étaient désormais frères dans le souvenir et les illusions perdues !

    En 1918, on déplorait des morts, des blessés et des invalides par millions et on parlait à mots couverts des quelques centaines de « fusillés pour l’exemple »dont voici les derniers mots écrits par l’un d’entre eux, Théophile MAUPAS, à sa femme, Blanche, avant de mourir fusillé « pour l’exemple » à Souain, dans la Marne, en 1915 :

    « Je n’ai rien à me reprocher, je n’ai ni volé, ni tué, je n’ai  Sali ni la réputation, ni l’honneur de personne. Je puis marcher la tête haute. »

    La jeune Blanche se battit inlassablement, sans jamais baisser les bras, jusqu’à obtenir enfin, en 1934, la réhabilitation complète de son mari.

    Deux ans plus tard, il aurait pu faire sien ce passage de la célèbre « Chanson de Craonne »due à un auteur anonyme en 1917 et dont les paroles furent recueillies par Paul Vaillant-Couturier, convaincu pacifiste :

    ************************************************************************************                                                                                                   Refrain :

    « …mais c’est bien fini, on en a assez                       Adieu la vie, adieu l’amour,

    Personn’ n’veut plus marcher                                 adieu toutes les femmes.

    Et le cœur bien gros, comm’dans un sanglot                C’est bien fini,c’est pour toujours

    On s’en va là-haut en baissant la tête.                     De cette guerre infâme.

    C’est à Craonne, sur le plateau,

    Qu’on doit laisser sa peau

    Car nous sommes tous condamnés

    C’est nous les sacrifiés ! »

    ***********************************************************************************

    En 1998, Lionel Jospin, alors premier ministre, prononçait ces paroles pleines de compassion, à Craonne, justement :

    « Epuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue tâchée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, ils refusèrent d’être sacrifiés, victimes d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats…. »

    Les souffrances de tous ces malheureux, soldats ou officiers, qui, par lassitude, par désespoir, par révolte contre un ordre imbécile et injuste ont un jour dit : « NON ! »  doivent être reconnues comme  telles ! En effet, de 1914 à 1918, 953 soldats ont été fusillés.

    -140 pour des faits de droit commun, 127 pour espionnage, 47 pour motifs inconnus et

    639 pour désobéissance militaire !

    Pour ces derniers, 100 ans après, les familles attendent toujours une vraie réhabilitation, à quelques exceptions près ! N’oublions pas, en effet, le cortège de malheurs qui s’ajoutent à la mort infâmante de ces soldats qui n’auront eu droit à aucune défense et furent souvent passés par les armes par leurs camarades, bouleversés par cette horrible corvée ! Ainsi, Marcel GARRIGUES, dans une lettre à sa femme datée du 31 juillet 1915, écrit avoir été réveillé à 2 heures du matin, soi-disant pour être passé en revue par le Général JOFFRE, et il ajoute :

    «Si je m’étais attendu à ça, je me serais fait porter malade, j’aurais eu 8 jours de prison mais au moins, je n’aurais pas assisté à un assassinat ; ça s’était vaguement dit « c’est pour une dégradation » mais jamais je ne me serais attendu à une exécution ! » 

    Pour les familles, c’est :

    - l’opprobre,

    - l’absence de pension de veuve de guerre pour la veuve,

    - l’absence de statut d’orphelins pour les enfants,

    - l’absence de reconnaissance sur les monuments aux morts et, par-dessus tout, ce sentiment de honte, traversant les années !       

    Tous ceux-là ne sont pas morts POUR la France mais PAR la France !

     Qu’il existe, depuis 2014, au Musée de l’Armée des Invalides, un monument dédié aux fusillés pour l’exemple est certes une reconnaissance mais bien insuffisante !

     C’est une réhabilitation globale et définitive que nous demandons solennellement à Monsieur le Président de la République, comme il l’avait fait au nom de son département de Corrèze, quand il en était Président et comme l’ont fait nombre de collectivités !

    Ces millions d’hommes envoyés au massacre, en dépit des efforts des grands pacifistes comme Jean Jaurès, et ce, pour satisfaire les ambitions hégémonistes des états et l’insatiable appât du gain des grands trusts industriels d’armements, ces victimes des Va-t-en Guerre ne sont pas différents de ces pauvres hères s’étripant les uns des autres pour un territoire et  évoqués, avec commisération, par Voltaire dans Micromégas, en 1752 : «  Ni l’un ni l’autre n’a jamais vu ni ne verra jamais, le petit coin de terre dont il s’agit et presque aucun de ces animaux, qui s’égorgent mutuellement, n’a jamais vu l’animal pour lequel  ils s’égorgent.»Rien de nouveau sous le soleil ! Il s’agissait alors d’une œuvre de fiction mais terriblement proche de la triste réalité des guerres dont, malheureusement, la DER des DER ne le fut pas !

     

                                

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