• DÉBAT : La carte du combattant aux soldats déployés en Algérie

     

    DÉBAT

     La carte du combattant aux soldats déployés en Algérie

    DÉBAT : La carte du combattant aux soldats déployés en Algérie

    Panser les plaies de la guerre d'Algérie.
    © (Dessin Thierry Jollet)

    Vous avez été nombreux à adresser au service dialogue de la NR témoignages et arguments pour rendre justice aux appelés envoyés en Algérie entre 1962 et 1964.

     Le 22 août 2018, La Nouvelle République publiait dans ses colonnes le courrier d'un lecteur qui réagissait à la décision du gouvernement d'attribuer la carte du combattant aux soldats déployés en Algérie après les accords d'Evian.

    50.000 soldats en janvier 1964

    Le 28 mai, Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, a annoncé que les soldats français déployés en Algérie entre juillet 1962 et juillet 1964, après les accords d’Evian, pourront bénéficier de la carte du combattant et des avantages afférents.

    Plusieurs dizaines de milliers de jeunes Français  ont été déployés en Algérie, entre les mois de juille 1962 et de juillet 1964. Plus de 500 soldats français ont été tués dans ces années.  Selon le site "Mémoires de hommes", "les effectifs étaient encore de 131.000 en janvier 1963 et de 50.000 en janvier 1964, avant de disparaître définitivement en juillet 1964".

    La carte du combattant permet de bénéficier de la retraite du combattant (à partir de 65 ans) 

    Dès lors, le débat était engagé. Voici quelques-uns des témoignages et des réactions reçus. Ils illustrent l'essentiel des arguments avancés par les uns et les autres.

    Courrier de Jules Ticchi de Fontaine-le-Comte (Vienne), publié le 22 août 2018. "Le gouvernement va accorder l'an prochain le titre d'ancien combattant, aux appelés du service national, déployés en Algérie de 1962 à 1964. Il leur sera attribué la carte « du combattant », avec les avantages financiers de la retraite du combattant, soit 748,80 E par an plus une demi-part fiscale. À quels combats ont-ils participé ? Quel danger, quelle blessure à l'abri dans leur cantonnement après le cessez-le-feu ? Hormis les 30.000 qui ont payé de leur vie les événements de 1954 à 1962, qu'en pensent les rappelés de 1956, les milliers d'appelés du contingent, qui pendant vingt-six mois, ont connu la vie en poste, les opérations, les combats, les rations de guerre ? Les 40 % encore en vie réclament « encore » la campagne double pour quelques trimestres, qui amélioreraient leur retraite. Quelle honte et ridicule !".

    "Amplement mérité"

    Jean-Claude Locteau de Magné (Deux-Sèvres). "Après le cessez-le-feu, des appelés ont été expédiés en Algérie dare-dare et entremêlés avec les soldats algériens ; pour assurer la formation de ceux-ci, prétendait-on ! Nouvelle erreur monumentale et inexcusable de nos politiciens. D’aucuns ont péri. Il ne fallait surtout pas le faire savoir, c’était des accidents de parcours (sic). Les rescapés survivants viennent enfin d’obtenir le titre d’anciens combattants. C’est amplement mérité. 

    Écrire que la retraite du combattant constitue un avantage (62  € mensuels), c’est méconnaître nos souffrances morales, résultant des horribles spectacles visuels auxquels nous avons assisté, contre notre gré. Ils sont gravés et enracinés à tout jamais dans nos vieux cerveaux laminés par l’âge ! Nous y pensons le jour, nous en rêvons chaque nuit. Il reste encore une inégalité financière à combler par nos gouvernants actuels ; c’est l’attribution de la campagne double. Elle ne peut être accordée que pour des actions de feu, en ont décidé nos gouvernants souverains il y a quelques années ; et uniquement pour les ex-fonctionnaires. Et les autres alors ? Pourquoi en sont-ils exclus ? Où se situe l’égalité républicaine ? 
    Le ministre qui a décrété cette disposition avait-il conscience de ce que ces termes actions de feu, signifiaient pour les combats d’Afrique du Nord ? Concrètement, nous étions toujours encerclés, quel que soit l’endroit où nous étions positionnés. Lorsque nous sortions en opérations, les embuscades meurtrières nous taraudaient la cervelle. Je cite mon exemple parmi tant d’autres : d’octobre 1957 à mars 1958, je séjournais dans la commune libre de Lannoy (Nord constantinois). Nous avons été mitraillés toutes les nuits, sans aucune exception. Abrités sous des tentes, nous aurions été transpercés. C’est la compagnie opérationnelle du 2/16 régiment d’infanterie coloniale, qui était spécialement visée, mais j’étais positionné sous le déluge. Les rebelles opéraient toujours avec une mitrailleuse.  En cas de réplique de notre part avec des mortiers, nous aurions arrosé les malheureux civils du village, pris entre divers feux. Donc, toute réplique aurait été délicate et meurtrière pour les pauvres fellahs (femmes enfants et vieillards maltraités). 
    Bien évidemment, ces mitraillages (ignorés) ne sont pas pris en considération comme actions de feu. Ma demande formulée depuis maintes années, afin d’obtenir la campagne double, est restée lettre morte. J’ai été mal inspiré de vouloir quérir une aumône. Pour animer le débat croustillant et infini qui résulte de cette sale guerre, je dirais que les mitraillages que je subissais chaque nuit, ce n’était pas des actions de feu, mais de simples réveils en fanfare". 

    Trouble guerre

    Guy Denouette de Rivarennes (Indre-et-Loire). "Les jeunes gens déployés en Algérie de juillet 1962 à juillet 1964 étaient des jeunes comme moi, qui ai passé dix-huit mois de 1958 à juillet 1960 . Certes, ils n’étaient plus en guerre, mais plus de 500 d’entre eux y ont laissé leur vie ce qui fait, en gros, un toutes les 36 heures, plus de nombreux blessés. Ce n’était pas la guerre mais ça y ressemblait bougrement. Tout comme nous, ils avaient la peur au ventre, leur rôle était mal défini et bien qu’armés ils ne devaient pas faire usage de leurs armes. Bien sûr, il y avait des planqués comme on dit, ceux qui sont à l’arrière mais qui sont indispensables pour ceux qui sont sur le terrain, nous avions les mêmes de 54 à 62.

    Vous semblez leur reprocher les 748,80 € par an, qu’ils pourraient recevoir en qualité d’anciens combattants ! Aujourd’hui, ils sont âgés de 74 à 78 ans, la France les a privés de 18 à 24 mois de leur jeunesse, si on prend une espérance de vie moyenne actuelle de 81 ans, ils toucheraient entre cinq et sept ans de pension. Croyez-vous qu’ils n’aient pas le droit à une telle compensation ?
    Bravo à cette avancée et il faut continuer de se battre pour obtenir la campagne double, ce que je fais depuis plus de 35 ans".

    Jean-Philippe Quillet de Latillé (Vienne). "Il n'y a pas que les combattants en première ligne qui ont le droit à cette reconnaissance. Les militaires du contingent affectés, avant juillet 1962, à la logistique, pour que vous les combattants puissiez avoir, 

    Il faudrait quand même avoir énormément de respect pour les 500 et plus, appelés du contingent, incorporés après juillet 1962 en Afrique du nord, qui sont morts et n'ont pas eu l'opportunité de rentrer.

    Ceux qui ont eu la chance de revenir et qui ont vécu toutes ses atrocités d'après-guerre ont le droit à cette reconnaissance, à titre des opérations extérieures, et non pas au titre de la guerre d’Algérie.

    Je suis un OPEX nouvelle génération, ancien combattant ACPG-CATM OPEX Veuves et Sympathisant de Latillé et j'ai un respect imperturbable pour mes anciens d'AFN toutes générations confondues. Je me suis toujours insurgé contre cette injustice que va rétablir, logiquement, le gouvernement à compter du 1er janvier 2019. 57 ans après ".

    "Ils ont fait leur devoir "

    Serge Dubois de Noyers-sur-Cher (Loir-et-Cher). "Après les accords d’Évian, le conflit qui opposait la France et le FLN ne s’est pas arrêté par un coup de baguette magique. Au cours des années de présence de l’armée française de juillet 1962 à juillet 1964, près de 600 appelés ont trouvé la mort en étant reconnus morts pour la France. Près de 70.000 Harkis ont été massacrés.
    Moi-même appelé en Algérie en 1961-1962, et ce pendant 19 mois avant les accords d’Évian, je me refuse à faire de la ségrégation avec les appelés qui nous ont succédé après le 2 juillet 1962. Ils étaient appelés comme nous, ils portaient l’uniforme comme nous, ils représentaient la France et son drapeau tricolore comme nous.
    Ils n’étaient pas les bienvenus pour notre adversaire et ils ont été victimes de harcèlements, de provocations, d’attentats meurtriers sans pouvoir riposter à la hauteur des attaques.
    La reconnaissance du courage et des mérites de ces appelés n’est que justice. La patrie a su les déployer pour assurer au péril de leurs vies notre départ du sol algérien, ils ont toute notre estime et tout notre respect. Ils étaient au service de la France, ils ont fait leur devoir, tout leur devoir".

    Yvon Priou, de Châtellerault (Vienne). "Ancien Combattant en 1961 et jusqu’au 19 mars 1962, à la suite du 19 mars,  j’ai été muté d’office dans la force locale de l’ordre algérienne créé par les Accords d’Evian du 18 mars 1962, au service de l’exécutif provisoire algérien. Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) de Tunis a envoyé des officiers de l’ ALN en Algérie et, dans une de  ces 114 Unités, je recevais un lieutenant de l’ALN  que j’accompagnais au capitaine français commandant la 434 UFO, à Tkout et à Guyotville Alger.
    La  Loi  99- 882 du 18 octobre 1999 (Guerre d’Algérie du  1er novembre 1954 au  2 juillet 1962)  fut décidée par le parlement français modifiant,  la loi 74 - 1117 (opérations de maintien de l’ordre en  Guerre),  sans modifier les dates !
    Le Parlement français  a fini par accepter le cessez-le-feu du 19 mars 1962,  mais pour occulter ces trois mois de la période transitoire où nous, militaires du contingent, nous étions otages de la future  armée algérienne...

    Comme votre correspondant de Fontaine-le-Comte, je dirais aussi que c’est ridicule et honteux."

    SOURCE : https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/les-deployes-d-apres-les-accords-d-evian-anciens-combattants 

     

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