• Attentats de Paris - Olivier Guez : "Le syndrome algérien"

    Attentats de Paris - Olivier Guez : "Le syndrome algérien"

    Pour l'écrivain Olivier Guez, la France vit une névrose par rapport à l'islam dont l'explication est à chercher dans son "passif algérien".

     

    Attentats de Paris - Olivier Guez : "Le syndrome algérien"

     

    L'islam cristallise les peurs et les passions dans toute l'Europe, mais nulle part autant qu'en France. Cette névrose nationale est à mon avis liée au passif algérien de notre pays. Je suis persuadé que nous, Français « de souche » comme enfants d'immigrés, sommes toujours hantés par la colonisation et la guerre d'Algérie et vivons dans un après-1962 sans fin. Il y a un inconscient algérien en France, un syndrome algérien, unique au monde : l'aventure algérienne de la France, de 1830 à nos jours, n'a pas d'équivalent chez les autres nations européennes.

    La guerre d'Algérie fut d'une violence inouïe

    Aucune autre, pas même l'Angleterre victorienne en Inde, ne s'est investie autant dans une colonie : l'Algérie, ses trois départements et son million de colons, l'Algérie, joyau de l'Empire, incarna le rêve de la plus grande France, son prolongement au sud de la Méditerranée jusqu'aux confins du Sahara. Aucune autre puissance coloniale n'a livré un combat aussi farouche pour maintenir sa domination. La guerre d'Algérie fut d'une violence inouïe, on l'occulte aujourd'hui : huit ans de conflit, 2,3 millions d'appelés français, 25 000 soldats et 3 000 civils tués côté européen, 300 000 à 400 000 côté algérien... En Algérie comme en France, rares sont les familles à n'avoir pas été touchées par les « événements ». Enfin, aucune autre nation européenne n'a connu de tels bouleversements démographiques liés à la décolonisation. Les pieds-noirs furent immédiatement rapatriés en métropole et bientôt rejoints par des centaines de milliers d'Algériens et de Maghrébins venus travailler dans les usines d'une économie alors en pleine expansion. Un peu plus tard, leurs familles sont arrivées. Tous les acteurs étaient au complet : le psychodrame algérien pouvait se poursuivre en France. Pendant une vingtaine d'années, on l'occulta. Il fallait vivre, se reconstruire, avancer. De Gaulle et ses successeurs offrirent aux Français des bombes atomiques, des hypermarchés, des fusées Ariane et des TGV. Ils leur promirent un nouvel espace de projection après la perte douloureuse de l'Empire, une nouvelle plus grande France : l'Europe, gallo-centrée et au service des ambitions françaises, l'Europe où la vocation universelle de la France pourrait à nouveau s'exprimer.

    La chute du mur de Berlin, un tournant

    Patatras, la chute du mur de Berlin en a décidé autrement. Depuis sa réunification, l'Allemagne est redevenue l'épicentre de l'Europe. L'économie française peine à s'adapter à la mondialisation et détruit des emplois. La France est en panne, son modèle républicain suffoque et le refoulé algérien a resurgi sur fond de crise identitaire inédite et d'une progression de l'islamisme chez certains musulmans de France. Les vieux préjugés forgés au temps de l'Algérie française ont alors refait surface, de tous côtés. Le FN les exploite à merveille depuis trente ans et dicte les débats désormais. L'inconscient collectif algérien rôde. La colonisation, la guerre et leurs drames n'ont jamais été totalement digérés. Ils oblitèrent notre rapport à l'islam et les relations entre musulmans et non-musulmans.

    « Le destin de la France sera scellé d'une manière décisive en Algérie », a déclaré Michel Debré en 1956. Le futur Premier ministre du général de Gaulle songeait à autre chose, mais il ne s'est pas trompé.

    http://afrique.lepoint.fr/actualites/attentats-de-paris-olivier-guez-le-syndrome-algerien-16-11-2015-1982030_2365.php

     

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